

Highlight · 17 avril 2026
XX : Fally Ipupa signe l'album le plus varié de sa carrière
8e album solo, 3e album international. Avec Tresor Riziki à la direction créative, Fally Ipupa signe l'album le plus varié de sa carrière.
Par ROZELAB®
Comment se réinventer après 20 années de succès continu, sur plusieurs générations de fans ? Le nouvel album de Fally Ipupa ne pouvait pas être Tokooos III.
Si Tokooos (2017) et Tokooos II (2020) t'avaient déjà donné l'impression que Fally sortait de sa zone de confort, prépare-toi. XX, son 8e album solo et son 3e album international, va plus loin encore dans l'exploration.
Depuis 2017, Fally avait installé un rythme : un album urbain, puis un album rumba, puis on recommence. Des succès à chaque fois, des records à chaque fois. Alors quand XX arrive, on attend la formule. Elle ne vient pas, en tout cas pas sous cette forme.
Voici l'album le plus varié de Fally Ipupa.
Tresor Riziki, le co-pilote
Pour comprendre pourquoi cet album sonne différent, il faut comprendre qui l'a construit. Tresor Riziki en est le producteur exécutif et le directeur créatif. Pas un beatmaker appelé en renfort, mais un véritable co-pilote artistique. Il résume le projet en une phrase : "a project that truly represents where we come from and where we're going". Les sessions se sont faites entre Johannesburg, Cape Town, Paris, Kinshasa et Los Angeles.

À ses côtés, des noms qu'on n'associait pas forcément à Fally : Rudolph Willemse, Hubert Batundi, DJ Maphorisa. Et avec eux, les visages connus des deux Tokooos : Danny Synthé, Seysey, Bramsito, Nyadjiko. Un équilibre entre continuité et rupture, qui se retrouve dans la musique elle-même.
Comment ça a été pensé?
Les fresh Fally
Les tracks audacieuses, celles qui sortent totalement du lot et justifient l'existence de l'album. Celles qui font qu'on ne peut pas ranger XX dans la même case que les Tokooos.
Cinéma ouvre le bal sur une base entre rumba et musique de l'Atlantique, Tresor à la prod, dans une ambiance que Fally n'avait encore jamais habitée. Isoler flirte avec le tango et la musique cap-verdienne, un résultat qu'on aurait pu attribuer à Cesária Évora. Jam avec Wizkid sonne aussi abouti que leur collab sur Tokooos, mais sur un son afropop très actuel, très made in Lagos. Les deux artistes performent avec une vraie symbiose.
Just for You avec Angélique Kidjo est une des tracks les plus osées de l'album. Pas un feat de prestige, une vraie rencontre musicale. Chœurs anglais dans le refrain, couplets en français, Angélique en fon. Une ambiance très africaine pour une résonance mondiale. Co-composée avec Lokua Kanza et Angélique elle-même.
On peut aussi citer Lonely, ou encore Alifa avec DJ Maphorisa et Tresor. De l'afro-techno assumé, le son qui a le plus teasé le projet avant sa sortie.
Les ballades
Derrière la star internationale, il y a un musicien qui écrit, qui compose, qui raconte. Cet album regorge de ballades riches, calmes et mélodiques.
Deuxième Maman est dans la lignée de 8ème merveille ou Amore. Lost, composée avec Danny Synthé, parle de la perte d'un amour, portée par une guitare et beaucoup de texte. Eyes to Eyes, bossé avec Seysey, a une guitare qui emporte vraiment.
Et puis Adieux, en fermeture d'album. Une ballade calme, presque triste, où Fally chante avec tout son cœur. Terminer un album de 20 titres sur ce son-là, c'est une vraie décision artistique. Ces tracks prouvent que la profondeur est là, même quand le projet est taillé pour briller.
Les formules Tokooos
Malgré l'exploration, plusieurs morceaux de cet album ne s'éloignent pas trop de la formule Tokooos. Ce sont les morceaux taillés pour assurer un succès commercial auprès des fans qui ont massivement validé les précédents albums urbains.
Pépélé avec Guy2Bezbar, c'est une bonne pop urbaine avec des influences congolaises, le clin d'œil à Associé dans le couplet de G2B est fort, c'est efficace et bien exécuté. Toi et Moi avec Keblack, c'est le même registre que Mannequin, rien de nouveau, mais le format marche. Ma Diva avec SDM, également.
Doucement avec Joe Dwet File sort du lot. La touche kompa du chanteur haïtien apporte une dimension supérieure. C'est le plus gros succès commercial parmi les singles sortis jusqu'ici.
Les racines
Il peut aller à Lagos, Port-au-Prince, Johannesburg. Il revient toujours à la maison.
Petit Cœur, composé avec Danny Synthé, part d'une base rumba mais mainstreamée. Les soft log drums n'effacent pas l'ADN congolais, ils l'habillent. Loin des Yeux avec Calema mélange lingala, portugais et anglais sur une guitare clairement de Kinshasa. S'il était possible, co-composée avec Alex Shua, reste dans ce registre tout en gardant une dimension internationale.
Et puis il y a Bapaya avec Lokua Kanza. Probablement un des moments les plus émouvants de l'album. Une ballade construite sur une guitare congolaise, avec une performance de Lokua Kanza exceptionnelle. C'est de la musique qui traverse.
Peu importe combien de langues Fally parle sur cet album, peu importe combien de continents il visite, il y a un fil qui ne coupe jamais.
En résumé
XX n'est pas un troisième Tokooos. C'est l'album le plus varié de la carrière de Fally Ipupa, porté par la vision de Tresor Riziki et une bande de collaborateurs qui savent d'où vient l'artiste sans jamais l'enfermer. Continuité d'un côté, rupture de l'autre. Le fil, lui, ne coupe jamais.


